Ce défaut concerne en effet le système de contrôle-commande, un ensemble d’équipements matériels et informatiques qui permet de réguler le fonctionnement du réacteur. Il s’avère que le système de contrôle en fonctionnement normal est interconnecté, et de façon très complexe, au système qui doit prendre le relais en cas de défaillance. Dès lors, une panne du système d’exploitation en fonctionnement normal pourrait se répercuter sur le système de secours et l’empêcher de jouer son rôle.
L’indépendance d’un système de secours vis-à-vis du système dont il doit pallier le dysfonctionnement est une condition basique de la sûreté. Il s’agit d’un défaut de conception presque grossier et d’autant plus incompréhensible qu’il concerne le système de contrôle commande, un élément majeur de la sûreté qu’un responsable de l’ASN qualifie d’épine dorsale de l’installation.

Sur le site d'Olkiluoto, en Finlande, le chantier de construction a commencé en 2005 ; à Flamanville, dans la Manche, les travaux ont débuté en 2006 (avant même la publication en 2007 du décret d’autorisation). Lorsqu’un réacteur nucléaire est en cours de construction c’est que les études de sûreté ont été réalisées et que la conception de l’installation a été jugée suffisamment sûre pour obtenir l’autorisation de création. Dès lors, comment se fait-il qu’un défaut majeur sur un équipement majeur – « l’épine dorsale de l’installation » selon l’ASN – ait pu passer au travers ?
De fait, les organismes français en charge des expertises et contrôles relatifs à la sûreté de l’EPR ont tous donné leur feu vert à un projet présenté comme une avancée importante en matière de réduction des risques d’accident ! C’est notamment le cas de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) qui est intervenue tout au long du processus d’élaboration et d’autorisation de l’EPR.

L’instruction du dossier EPR par les organismes de contrôles a donc duré des années et l’autorisation de création a été délivrée par décret en date 10 avril 2007 sur la base du résultat favorable de ces différentes expertises. Dès lors, comment se fait-il que le problème soit mis en évidence aussi tard, et peut-être même à l’initiative de l’autorité de sûreté nucléaire britannique.
Il faut réexaminer les études de sûreté du système de contrôle-commande qui figurait dans les dossiers validés par les organismes de contrôle. Déterminer pourquoi le dysfonctionnement n’a pas été repéré. S’agit-il d’un problème de compétence, de méthodologie, de procédure ? Compte tenu des enjeux économiques, des pressions ont-elles été exercées sur l’ASN afin d’obtenir un avis favorable en renvoyant à plus tard la résolution des problèmes ?
Le réacteur comporte-t-il d’autres défauts de conception mettant en cause sa sûreté ? Faut-il confier à des experts extérieurs un réexamen exhaustif des éléments de sûreté afin de vérifier si d’autres défauts de conception n’ont pas été négligés ?
Par ailleurs, la déclaration commune des autorités de sûreté nucléaire britannique, finlandaise et française suggère qu’elles ont découvert le problème simultanément et chacune de leur côté. Cela paraît peu probable et demande en tout cas à être vérifié, sur la base d’une chronologie fine des expertises et des échanges entre les différents organismes. Lorsque la déclaration indique que « l’Autorité de sûreté nucléaire britannique (HSE/ND), l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) et l’Autorité de sûreté nucléaire finlandaise (STUK) examinent actuellement la sûreté du réacteur EPR », il est utile de se rappeler que l’ASN est censée avoir effectué ce travail préalablement à l’autorisation de création délivrée en 2007 par les autorités françaises, alors que l’autorité de sûreté britannique en est à la phase d’étude préalable de la demande présentée par EDF et AREVA pour être autorisée à construire 4 EPR au Royaume-Uni.

Et AREVA dans tout ça ?
Les questions relatives à l’efficacité des contrôles ne dispensent pas le concepteur de l’EPR, AREVA, de répondre de ses responsabilités propres. Dans sa « mise au point sur la communication des autorités de sûreté », le groupe AREVA affirme : « La sûreté du réacteur EPR n’est pas mise en cause et AREVA travaille actuellement avec les autorités de chaque pays afin d’apporter des adaptations qui répondent aux exigences locales ». C’est un flagrant délit de mauvaise foi : le défaut de conception du système de sûreté du réacteur ne relève pas d’ajustements à des demandes locales. Il s’agit d’un élément clef pour la sûreté de l’installation. Pour preuve, d’ailleurs, le fait que les autorités de sûreté nucléaire de trois États aient jugé nécessaire de faire sur le sujet une déclaration publique commune. La commission d’enquête doit également s’assurer qu’AREVA prenne le problème plus au sérieux que ne l’indiquent ses déclarations publiques. Ainsi que le rappelle AREVA dans son communiqué, l’EPR est actuellement le réacteur le plus puissant au monde (ou du moins le sera dès lors qu’il sera mis en service). Des défauts de conception dans des éléments essentiels pour la sûreté ne sont pas acceptables.

La CRIIRAD demande qu’une commission d’enquête soit mise en place afin de déterminer pourquoi aucune des études effectuées par les experts français n’a permis d’identifier un défaut de conception grossier affectant qui plus est un élément essentiel de l’installation.

Et on sait tous que la meilleure façon d'enterrer un sujet de discordance c'est de créer une commission d'enquête. Les résultats sont si long à tomber que l'opinion publique s'intéresse déjà à d'autres controverses, qui verront également naître une commission d'enquête.
En tout cas sur ce problème d'EPR, pour BORLOO et JOUANNOT, c'est silence radio...

Pour plus d'informations (fichiers PDF) :

Source : CRIIRAD.org